Cocody, le 17 mars 2026
Sous l’impulsion du Département Environnement et Santé, dont l’une des unités est l’Unité d’éco-épidémiologie dirigée par le Professeur Kouadio Kouamé, ainsi que du Département Formation et Renforcement des Capacités, une conférence a été organisée dans la salle de conférence de l’IPCI à Cocody. Cet événement a favorisé un dialogue entre la recherche scientifique de pointe et les réalités du terrain. La séance a été animée par le Professeur Taro Yamauchi et modérée par le Docteur Guédé Kipré.

En effet, le Professeur Taro Yamauchi, éminent chercheur de l’Université de Hokkaido et Président du Conseil d’Administration de la Fondation TODA, a posé une question aussi simple que dérangeante : « Comment gérer les déchets de 10 milliards d’êtres humains ? »
Loin des laboratoires aseptisés, le Pr Yamauchi a partagé une vision où l’assainissement n’est plus un problème technique, mais une aventure humaine collective.

L’assainissement, un « enjeu global » qui nous concerne tous
Le saviez-vous ? Le British Medical Journal a qualifié l’assainissement de « plus grande avancée médicale depuis un siècle et demi ». Pourtant, en 2017, 701 millions de personnes dans le monde pratiquaient encore la défécation à l’air libre. Ce n’est pas qu’un problème de pays lointains : c’est un enjeu de santé planétaire.
Face à ce défi, le Pr Yamauchi propose un changement de paradigme radical avec son concept de « Sanitation Value Chain » (Chaîne de Valeur de l’Assainissement). L’idée est simple et géniale : et si nos déchets n’étaient pas une fin, mais un nouveau commencement ? Et si nous cessions de voir les toilettes comme un simple trou pour tout repenser comme un système où chaque acteur, de l’enfant au maraîcher, crée de la valeur ?

De l’école au champ : trois laboratoires grandeur nature
Pour prouver que son modèle fonctionne, le chercheur japonais a installé ses laboratoires à ciel ouvert dans trois endroits du monde. Les résultats sont impressionnants.
Indonésie (Bidonville de Bandung) : Ici, l’équipe a installé des toilettes à compost dans une école primaire. Les déchets sont transformés en engrais par des travailleurs locaux, puis achetés par des producteurs de fleurs. Le déchet devient une ressource, créant un mini-écosystème économique vertueux. On ne se contente plus de construire des toilettes, on crée un marché.

- Zambie (Lusaka) : Le défi était de changer les comportements. La solution ? Donner la parole aux enfants et aux jeunes. Avec leurs clubs « Dziko Langa », ils ont utilisé la photo (PhotoVoice) et le théâtre pour sensibiliser leur propre communauté au choléra. En visualisant eux-mêmes les risques, ils sont devenus les acteurs les plus puissants du changement.
- Japon (Hokkaido) : Dans les campagnes vieillissantes, le problème est la maintenance des réseaux d’eau. La solution a été de mobiliser les lycéens. Ils ont cartographié les canalisations, analysé la qualité de l’eau et créé un réseau de surveillance citoyenne. Une action si remarquable qu’elle a reçu le prestigieux « Japan Water Prize » des mains de la famille impériale.
Le « Triangle de l’Assainissement » : une nouvelle boussole pour l’Afrique ?
Ce qui relie ces trois expériences, c’est ce que le Pr Yamauchi appelle le « Sanitation Triangle », un cadre d’analyse qui repose sur trois piliers indissociables : la Santé, les Matériaux (la technique, l’économie) et le Socio-Culturel (les croyances, les habitudes, le genre). Ignorer l’un de ces angles, c’est condamner un projet à l’échec.
C’est là que la visite du Pr Yamauchi à Abidjan prend tout son sens.
Et maintenant, quelle suite pour la Côte d’Ivoire ?

Dans son mot de clôture, le Professeur Méité Syndou, Directeur de l’IPCI, a souligné la convergence des missions du Département Environnement et Santé de l’Institut avec la vision de la Fondation TODA.
La conférence n’était pas une fin en soi, mais une porte d’entrée vers une collaboration prometteuse. L’expertise ivoirienne en santé publique, combinée à l’approche participative et systémique du Pr Yamauchi, ouvre des perspectives passionnantes :
- Des projets pilotes « co-créés » dans les quartiers informels d’Abidjan, inspirés des modèles indonésien et zambien.
- L’implication de la jeunesse ivoirienne, des écoles aux associations, pour en faire des sentinelles de l’hygiène et de l’assainissement.
- Une réflexion sur la valorisation économique des déchets, transformant un fardeau sanitaire en opportunité pour l’agriculture périurbaine.

Un futur durable est possible. Il ne se trouve pas seulement dans des laboratoires high-techs, mais dans l’intelligence collective des communautés, des enfants, des jeunes et des chercheurs.
Le message du Pr Yamauchi est un message d’espoir pragmatique : face aux défis de l’eau et de l’assainissement, nous avons tous un rôle à jouer. Et le voyage ne fait que commencer entre Sapporo, Lusaka… et Abidjan.