Face à l’urgence silencieuse des septicémies, souvent sous-diagnostiquées sur le continent africain, une dynamique nouvelle voit le jour. Du 13 au 15 avril 2026, l’Institut Pasteur de Côte d’Ivoire (IPCI) à Abidjan a orchestré une formation intensive qui pourrait bien changer la donne. Objectif : transformer le diagnostic microbiologique et la gestion des données sanitaires pour sauver des vies.

Un constat alarmant, une réponse collective
En effet, les septicémies – ces infections généralisées mortelles – restent encore trop souvent invisibles faute de moyens de détection adaptés. Partant de ce constat, le projet international ComBac Africa a fait de la montée en compétences des acteurs de santé une priorité absolue.
Ainsi, pendant trois jours, plus de 40 participants issus d’institutions gouvernementales, universitaires et de recherche, venus de Côte d’Ivoire et de l’étranger, ont partagé bancs et blouses blanches. Leur mission : maîtriser les outils de pointe pour que chaque fièvre sévère ne reste plus sans réponse.
Des experts de renom pour guider la transition
Conduite par une délégation d’experts dirigée par le Professeur Sören Becker (Université de la Sarre, Allemagne), cette formation visait à répondre à une problématique critique : comment réduire drastiquement le retard de diagnostic en Afrique ?
Par conséquent, le développement de compétences avancées en microbiologie et en gestion des données s’avère indispensable pour améliorer la prise en charge des patients et optimiser la surveillance de la résistance aux antimicrobiens.
Côté ivoirien, les Professeurs Coulibaly Kalpy Julien et GUESSENND Nathalie, respectivement Chefs du Département Environnement et Santé et de l’Unité des Antibiotiques à l’IPCI, ont porté ce projet avec une détermination sans faille. Leur engagement réaffirme le rôle moteur de l’Institut Pasteur dans le renforcement des capacités des acteurs nationaux et internationaux.
Des discours qui agissent comme un électrochoc

Le cérémonial d’ouverture a tenu toutes ses promesses. Le Docteur Tiekoura Bertin, Vice-Président du Comité d’Organisation, a martelé l’urgence collective :
« Ce projet témoigne de la volonté conjointe de partenaires nationaux et internationaux de faire ensemble face aux défis majeurs en santé publique. »
Par ailleurs, le Professeur N’Guessan Raymond, chef du département Bactériologie-Virologie de l’IPCI, a exprimé sa confiance dans le potentiel transformateur de cet atelier :
« Nous espérons qu’au terme de cette formation, des résolutions concrètes seront adoptées pour améliorer nos conditions de diagnostic et renforcer nos capacités d’action dans cette lutte essentielle. »
Enfin, le Professeur Toure Offianan André, Directeur Scientifique représentant le Directeur de l’IPCI, a placé cette rencontre sous le signe de l’éthique et de l’adaptation locale. Il a rappelé avec force que toute décision clinique doit reposer sur des preuves biologiques solides, garantissant ainsi une prise en charge optimale des patients.
Au cœur de l’action : de la théorie à la paillasse

Conformément aux objectifs visés, l’atelier a habilement alterné apports théoriques et exercices pratiques. Une approche immersive qui a fait ses preuves.
Premier temps : les fondamentaux de la sécurité.
Les participants ont été sensibilisés aux bonnes pratiques de laboratoire (BPL) ainsi qu’aux mesures de biosécurité, respectivement par Mme Valentina Butoescu (Swiss TPH) et le Dr Gnali Fabrice (IPCI).
Second temps : la pratique intensive.
Encadrés par une équipe de choc – Docteurs Tiekoura Bertin, Toty Anatole, Yapi Jaures, Kipré Guédé, Mesdames Kouakou et Judith Fürstenberg, Messieurs N’guessan Florentin et Yapo Paul – les stagiaires ont enchaîné les étapes clés :
- Réception, étiquetage et documentation rigoureuse des échantillons sanguins.
- Incubation et surveillance des hémocultures.
- Réalisation de la coloration de Gram, microscopie et rédaction des rapports préliminaires.
Dans un second temps, l’identification des espèces bactériennes a été menée grâce à des technologies de pointe : galerie API 20E, système Vitek et spectrométrie de masse MALDI-TOF. Par ailleurs, des essais de sensibilité aux antimicrobiens ont été réalisés, avec un accent particulier sur le choix des panels d’antibiotiques et l’application des méthodes de diffusion sur gélose.
La gestion des données : un enjeu tout aussi vital
Parallèlement, les échanges relatifs à la gestion des données se sont déroulés en continu. Pourquoi ? Parce qu’un bon diagnostic sans traçabilité rigoureuse ne sert à rien.
Les participants ont ainsi appris à :
- Interpréter les résultats des tests biochimiques et de sensibilité aux antimicrobiens.
- Établir des rapports standardisés.
- Maîtriser les principes de gestion des données cliniques et de laboratoire, y compris la saisie sur formulaire électronique (eCRF) et les procédures d’anonymisation, conformément aux exigences éthiques et réglementaires.
Une approche « One Health » pour une efficacité maximale

Les spécificités liées aux études « One Health » – cette vision globale reliant santé humaine, animale et environnementale – ont également été abordées lors d’une rencontre d’échange dédiée. En favorisant le dialogue interdisciplinaire entre chercheurs, techniciens de laboratoire, cliniciens et gestionnaires de données, cette initiative illustre une approche intégrée et collaborative.
Vers un avenir plus résilient pour la santé africaine
Partant, cette formation marque une étape décisive dans la lutte contre les septicémies en Afrique. Elle allie avec succès excellence technique, rigueur dans la gestion des données et engagement communautaire.
Grâce à l’impulsion de ComBac Africa et à l’expertise de l’Institut Pasteur de Côte d’Ivoire, un nouveau souffle traverse le diagnostic microbiologique sur le continent. Et si les septicémies restent un adversaire redoutable, elles viennent de perdre une partie de leur mystère. Et c’est bien là le premier rempart contre la mort.